Je suis le seul de la promotion et sans doute de la corporation à l'appeler par son prénom. Nous nous sommes rencontrés pour la première fois sur le campus de la Faculté d'Agronomie et de Médecine Vététinaire (FAMV/UEH) un certain jeudi d'octobre 1979. La première année, les liens n'étaient pas trop forts puisque tous les étudiants étaient concentrés sur le passage en deuxième année, l'échec en première signifiant le renvoi.
En deuxième, avec l'assurance d'être membres à part entière de la FAMV, les visites de terrain aidant, les affinités allaient se manifester et les potentialités de chaque camarade mieux s'exprimer. A cette époque, je venais d'abandonner le saxophone pour me consacrer à mes études et j'ai découvert un camarade de classe, jouant très bien de la guitare classique, connaissant son solfège comme moi, avec lequel je pouvais discuter aisément de musique mais sans nous laisser entrainer....
Aussi, il fallait organiser les activités de la promotion, les groupes de travail, mettre en place un Comité, monter l'équipe de foot-ball. Et là encore, Noriac allait me surprendre avec ses talents de footballeur, plus précisément de défenseur central. Etudiant discipliné, rude travailleur, il allait opter pour l'accompagnement direct des agriculteurs, ce qu'il a fait durant toute sa carrière.
Je le revois, me présentant son épouse, soit dit en passant, j'étais le premier camarade de promotion à savoir qu'il était marié et à qui il en avait part en premier. Beaucoup de temps s'est écoulé, chacun ayant trouvé sa route, lui aux USA et moi en Haïti. Les rares fois qu'il nous était permis de nous rencontrer, en dehors des fraternels et chauds échanges, le thème du statut des paysans revenait dans les discussions.
J'ai essayé en vain d'entrer en contact avec lui ces dernières années pour avoir de ses nouvelles mais, il est parti sans une dernière discussion sur la promotion de la paysannerie haïtienne.
Dieu en a décidé autrement.
Va en paix cher ami! Tu ne fais que nous devancer.
Tu seras toujours dans mes pensées.